2020 : ANNEE DE RUDES EPREUVES <br> ANNEE D’UN NOUVEAU DEPART POUR LE MOTEUR FRANCO-ALLEMAND EN EUROPE

2020 : ANNEE DE RUDES EPREUVES
ANNEE D’UN NOUVEAU DEPART POUR LE MOTEUR FRANCO-ALLEMAND EN EUROPE

 

Après la crise financière, la crise migratoire et le Brexit, l’UE est confrontée en cette année 2020 à une nouvelle crise d’envergure, la pandémie de la covid-19, qui fait réapparaitre les divergences et faiblesses menaçant la solidarité entre les pays membres. Si la pandémie que nous traversons représente un moment difficile pour l’Union européenne, les regards se tournent vers Paris et Berlin, dans l’espoir que le couple franco-allemand, aussi surnommé « moteur de l’UE », pourra faire renverser cette tendance. Ce moteur de l’Europe semble pourtant lui-même rencontrer des difficultés, car l’expansion brusque de la pandémie en mars a fait ressortir les positions antagonistes de Paris et Berlin sur la sortie de la crise. Cependant, les dernières évolutions, aussi bien à l’échelle européenne qu’à l’échelle des parlements et des territoires, montrent que le couple franco-allemand reste une force de propositions, visant à faire avancer conjointement l’Union européenne. Peut-on donc parler d’un retour en force du couple franco-allemand sur la scène européenne ?

Il est vrai que la pandémie de la covid-19 a pris l’UE au dépourvu et a fait apparaître de nombreuses lacunes. En effet, de nombreuse voix se sont élevées et ont reproché à l’UE de ne pas avoir été au rendez-vous pour apporter une réponse efficace commune, laissant place à une multitude de mesures nationales et régionales contradictoires. A l’échelle de nos territoires transfrontaliers, la pandémie a fait réapparaître des frontières sous forme de barrières et grillages, mais aussi des barrières psychologiques, sous formes d’hostilités, qu’on croyait appartenir au passé. Ces nouvelles cloisons ont engendré des difficultés humainement inacceptables pour nos citoyens notamment ceux habitants dans les bassins de vie transfrontaliers. Familles séparées, détours de plusieurs dizaines de kilomètres pour les travailleurs transfrontaliers, obstacles majeurs pour la circulation des marchandises… Cette situation accablante semblait indiquer que la frustration, l’incompréhension, les discriminations et le repli national, semblaient l’emporter au sein de l’UE. Cela nous a également montré que quand Paris et Berlin ne sont plus en phase, les effets se font ressentir jusque dans nos territoires, au sein desquels la crise a semblé menacer l’amitié entre nos peuples, fruit d’une réconciliation et d’un travail de coopération de plusieurs siècles. Aurait-il suffi d’un virus pour que le couple franco-allemand passe de l’idylle au divorce ?

En tant qu’européen convaincu, il faut par tout moyen éviter que le virus infecte l’idée européenne. La seule manière de contrecarrer cette tendance repose dans une réponse commune et des actions concertées, pour que l’amitié franco-allemande et l’UE ressortent plus fortes de cette crise. Ceci est le message principal de notre déclaration commune, rédigée en partenariat avec mon homologue allemand Andreas Jung, co-président du Bureau de l’Assemblée parlementaire franco-allemande. Notre initiative franco-allemande pour l’Europe, « Ensemble contre le coronavirus », appelle à une Europe plus solidaire, une meilleure coordination en matière sanitaire et économique, des relations franco-allemandes renforcées, au service de l’Europe, en mettant l’accent sur le transfrontalier.

Puis sera conclu l’accord « historique », représentant une « avancée incroyable » et « un symbole fort », entre le Président Emmanuel Macron et la Chancelière Angela Merkel, qui reprend non seulement certaines de nos revendications d’« Ensemble contre le coronavirus » mais préparera le chemin vers les négociations au niveau européen pour un plan de relance commun d’envergure. La locomotive franco-allemande se sera alors remise sur les rails ! L’annonce est majeure et la situation inédite : alors que la France défendait les « corona bonds » et que l’Allemagne refusait un endettement commun, un terrain d’entente a pu être trouvé entre les deux pays. L’UE mutualisera donc les dettes - un signal politique fort d’une Europe qui s’approprie ainsi des caractéristiques fédérales. « Next Generation EU », doté d’un montant 750 milliards d’euros, financera des programmes nationaux, sous forme de subventions et de prêts. Ces derniers jours ont montré que l’UE est sur la bonne voie. Les États membres et le Parlement européen se sont finalement mis d’accord sur le budget de l'UE pour les années 2021 à 2027, qui est une condition préalable essentielle à la mise en place de l'aide de 750 milliards d'euros.

Les efforts déployés collectivement pour lutter contre la pandémie de la COVID-19 ont mis l’accent sur trois objectifs bien identifiés : les politiques de dépistage, le traçage et les vaccins. Ces trois priorités sont essentielles pour limiter la propagation du virus. La coopération concernant le développement et le déploiement du vaccin, et ce de manière juste et selon le besoin sanitaire des pays, nous semble également cruciale. Il y a quelques jours, la Commission européenne a pu négocier un contrat pour la fourniture du vaccin par les sociétés pharmaceutiques BioNTech et Pfizer en vertu duquel tous les États membres auront un accès égal au vaccin. Le fait que la Commission ait négocié un contrat au nom des 27 États membres est un signe très important.

« L’Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apportée à ces crises. » Même si le contexte dans lequel Jean Monnet a proclamé cette phrase en août 1954 fut bien différent de celui que nous vivons aujourd’hui, elle reste d’actualité. Faisons à présent en sorte que l’idée d’une Europe où l’on puisse vivre en paix, aller et venir, travailler et habiter sans les contraintes de frontières, reprenne vie concrètement. Combattons ceux qui dressent un tableau trop sombre des relations franco-allemandes en Europe car nous avons tant réalisé : jamais de décision n’a été prise si rapidement sur le plan européen, jamais nous n’aurions pu imaginer que la solidarité européenne puisse sauver autant de vies en période de paix. Ne laissons plus aucune chance à ceux qui veulent nous séparer et semer de la division. Engageons-nous pour que la paix, le progrès et la prospérité puissent à nouveau fleurir en Europe. C’est en échangeant, en se confrontant, en bâtissant des projets communs innovateurs, durables et humains, que nous sortirons de cette crise et pourrons préparer le « lendemain ». Car l’Europe est résiliente et ses citoyens tournés vers le futur dans la volonté de poursuivre l’édifice que Robert Schuman avait jadis commencé.

Mise en ligne le 27/11/2020